Guillaume Villeneuve, traducteur
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Conrad de Marbourg

mercredi 18 novembre 2015, par Guillaume Villeneuve


Pour l’office des lectures du 17 novembre, Ste Élisabeth de Hongrie

Bientôt Elisabeth commença d’abonder à ce point en vertus que, de même qu’elle fut consolatrice des pauvres tout au long de sa vie, de même elle commença de nourrir les affamés, en ordonnant de dresser un hospice à côté de son château où elle accueillait la plupart des infirmes et des malades ; à tous ceux même qui y demandaient l’aumône elle distribuait généreusement le secours de la charité, et non seulement là, mais dans toutes les limites et frontières de la juridiction de son mari, et elle dépensait à tel point tous les revenus issus des quatre principautés de son mari qu’elle finit par vendre tout ses objets d’art et tous ses riches habits au profit des pauvres.

Elle avait pour habitude de visiter personnellement, deux fois le jour, matin et soir, tous ses infirmes, au point de soigner elle-même ceux qui étaient dans le pire état, elle en frictionnait certains, en couchait d’autres, en soutenait certains sur ses épaules et s’acquittait de bien d’autres devoirs de l’humanité ; et à l’égard de tous ceux-ci, elle n’agit pas contre la volonté de son mari, d’heureuse mémoire. Enfin, après sa mort, aspirant à la plus altière perfection, elle m’implora avec force larmes que je lui permisse de mendier de porte en porte.

Et le Vendredi-Saint, alors que les autels étaient vides, ayant posé les mains sur l’autel d’une chapelle de sa ville qu’elle avait confiée aux franciscains, en présence de quelques-uns d’entre eux, elle renonça à sa volonté propre et à toutes les pompes du monde et à tout ce que le Sauveur nous a enjoint d’abandonner dans l’Évangile. Après quoi, voyant qu’elle pouvait être engloutie par le tumulte du siècle et la gloire mondaine de cette terre où elle avait vécu avec faste du vivant de son époux, elle me suivit contre mon gré à Marbourg ; là, elle édifia un hospice dans la ville, pour recueillir infirmes et malades et elle ouvrait sa table aux plus misérables et méprisés.

Outre ces œuvres de charité active, je déclare devant Dieu que j’ai rarement su femme plus contemplative car des religieuses et religieux, alors qu’elle revenait d’une oraison secrète, ont très souvent vu son visage revêtu d’un éclat merveilleux, comme si ses yeux dardaient les rayons du soleil.

Avant sa mort, j’ai reçu sa confession et comme je lui demandais ce qu’il fallait faire de ses biens et de son mobilier, elle répondit que tout ce qu’elle semblait encore posséder appartenait aux pauvres ; elle me pria de tout leur distribuer, sauf une humble tunique dont elle était recouverte et dans laquelle elle voulait être inhumée. Ces choses une fois faites, elle reçut le corps du Seigneur puis elle évoqua souvent jusqu’au soir les plus belles choses entendues dans la prédication ; enfin, recommandant tous ceux qui l’assistaient très dévotement à Dieu, elle expira comme si elle s’endormait doucement.

D’une lettre latine (1232) de Conrad de Marbourg, confesseur de sainte Élisabeth, in Liturgia horarum, IV, pp. 1275-6, Vatican, 1977.


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